Virus Zika : comment la Polynésie conseille le monde scientifique

Virus Zika : comment la Polynésie conseille le monde scientifique

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Ayant touché plus de 30 000 personnes en Polynésie Française, le Zika sévit actuellement en Amérique du Sud. Ce virus véhiculé par les moustiques se révèle être très dangereux pour quiconque en est atteint. Il est à l’origine de nombreuses complications, notamment au niveau du système nerveux.

Les données collectées en Polynésie permettent alors de mieux analyser cette épidémie. Cela aide les médecins à diagnostiquer la maladie et à prescrire le traitement adéquat. À noter que dans 80% des cas recensés en Polynésie, les patients ne présentaient aucun symptôme caractéristique.

 

Historique de l’épidémie du Zika

La première apparition du virus Zika en Polynésie date du 30 octobre 2013. Considéré comme une simple épidémie de syndromes éruptifs, il a donc été traité comme tel. Cependant, lorsque plus de 60% de la population a été touché par le virus, cela a alerté les autorités sanitaires.

Depuis, de nombreuses mesures ont été prises pour soigner les patients et surtout trouver un moyen d’immuniser la population. À la fin de l’épidémie, en 2014, 70% des 280 000 habitants sont immunisés contre ce virus. Les scientifiques ne prévoient une récidive que dans une vingtaine d’années.

Avec le recul, les médecins de Polynésie peuvent établir une base de données utile pour un partage d’expérience fiable. Il faut dire que le virus n’est pas éradiqué et sévit toujours dans d’autres pays.

Les informations collectées sont méticuleusement triées et vérifiées, afin de démêler le vrai du faux. Beaucoup de rumeurs ont circulé pendant l’épidémie concernant l’implication des pesticides et la modification génétique des moustiques. Les premiers cas de Zika en 1960 sont aussi à prendre en considération, ainsi que les cas recensés en Micronésie dans l’île de Yap en 2007.

 

La détection de la présence du virus Zika

Sur les 30 000 personnes atteintes du virus Zika en Polynésie, 80% d’entre eux ne présentaient aucun symptôme caractéristique. Elles n’ont consulté un médecin que tardivement, en raison des complications au niveau du système nerveux. Les scientifiques ont alors mis au point un dispositif de détection du virus afin de limiter la propagation des complications éventuelles en 2013-2014.

Les tests salivaires et sérologiques permettent d’éviter les confusions avec d’autres virus tels que le chikungunya et la dengue. D’autant plus que le Zika n’est plus présent dans le sang au bout d’un certain temps.

Les recherches ont démontré que c’est le même virus qui se propage en Amérique latine. Le taux de similarité entre les souches des deux zones est de 99%. Le Brésil et la Colombie recensent par ailleurs des cas identiques de complications neurologiques liées à l’épidémie, que ce soit chez les nouveau-nés ou chez les patients adultes.

 

Les complications liées au virus Zika

Beaucoup de patients atteints du Zika souffrent de complications diverses. 18 cas de malformations génitales sont recensés en Polynésie, dont une dizaine s’avère être de la microcéphalie. Les chiffres sont beaucoup plus inquiétants au Brésil avec 404 cas de microcéphalie avérée. 3760 nourrissons sont actuellement en observation, car ils présentent eux aussi des symptômes suspects.

Les études menées par les chercheurs de l’Institut Pasteur ont mis en évidence que les fœtus sont plus fragiles pendant le premier trimestre de gestation. Ils ont collaboré de près avec les équipes médicales de Trousseau, de Necker (Paris) et de Taaone (Tahiti).

Du côté des adultes, 73 personnes sont touchées par des syndromes neurologiques, dont 42 cas présentant le syndrome de Guillain-Barré. La grande majorité des patients polynésiens sont des hommes âgés entre 30 et 50 ans. Cette maladie provoque une faiblesse amenant à une paralysie progressive, qui est irréversible dans certains cas.

Depuis le début de l’épidémie en Colombie, les patients souffrant du syndrome de Guillain-Barré sont plus nombreux, selon le Président Juan Manuel Santos. Cette augmentation inhabituelle se chiffre à plus de 66%, ce qui inquiète les autorités sanitaires, surtout qu’il y a déjà eu 3 décès.

 

L’analyse de la base de données en Polynésie

Selon le Dr Henri Pierre Mallet du Bureau de veille sanitaire, la base de données de Polynésie s’avère être très utile, même si elle est assez restreinte à cause d’un échantillon de population limitée. Sans compter que l’épidémie est apparue en parallèle à celle de la dengue.

Néanmoins, les données collectées permettent aux médecins d’offrir une meilleure prise en charge des malades. Le suivi continu des patients contribue à prévenir les complications invisibles qui peuvent se manifester au fil du temps. Comme pour le cas de la rubéole ou du cytomégalovirus (CMV), la microcéphalie n’est peut-être qu’une partie de l’iceberg. Les enfants nés sans malformation sont alors surveillés de près. L’objectif est de déterminer s’ils souffrent de déficiences intellectuelles, de handicaps moteurs ou de retard de croissance.

Pour l’heure, aucun vaccin ni traitement de la maladie du Zika existe. Selon l'OMS, 12 laboratoires pharmaceutiques à travers le monde y travaillent activement

© madame.lefigaro.fr

Les chercheurs de l’Institut Louis Malardé ont déjà effectué une étude préliminaire sur l’immunisation de la population polynésienne en 2014. Les résultats de cette étude ont déterminé que 66% des 280 000 habitants sont immunisés. Des études complémentaires ont aussi été menées en septembre 2015 pour avoir des données plus concrètes.

Des prélèvements sanguins sur 700 personnes sont faits dans les îles de Mooréa et de Tahiti. Les informations obtenues permettent d’identifier exactement la population immunisée contre le Zika, mais aussi le chikungunya et la dengue. Les scientifiques recherchent, entre autres, les anticorps spécifiques contre les virus. Ils peuvent alors prévoir l’ampleur des prochaines épidémies et le lancement de la campagne de vaccination, notamment pour le cas de la dengue.

Le monde scientifique s’intéresse à l’expérience de la Polynésie

Avec le partenariat de l’hôtel « Le Brando », l’institut de recherches médicales Louis Malardé (Tahiti) lance en septembre 2015 une vaste expérience de lâcher de moustiques stériles sur l’île de Tetiaroa. Après 7 mois d’expérimentation, 95% de la population de moustiques Aedes Polynesiensis a été anéantie sur l’îlot traité. Ce procédé de lutte biologique mis au point par l’institut Malardé a montré son efficacité. Aujourd’hui, plusieurs expériences similaires sont en cours dans le monde.

Fort de cette expérience probante à Tetiaroa, le gouvernement de la Polynésie française entend réaliser le projet d’infrastructure InnovEntomo composée d’un module de production de moustiques mâles stériles d’une capacité d’environ 1 million de mâles par semaine. Ce procédé innovant s’inscrit parfaitement dans la prévention contre les moustiques et les maladies qu’ils transmettent à l’homme.

Alors qu’elle faiblit en Amérique latine (Brésil, Colombie, Caraïbes), l’épidémie de Zika a été officiellement déclarée en Guadeloupe le 30 avril dernier. Pas moins de 412 cas y ont été biologiquement confirmés. Pour le moment, seuls quelques rares cas ont été signalés dans le sud de la France et dans 6 pays européens. En revanche, 3 à 4 millions de cas sont prévus sur le continent américain. Selon les scientifiques, une pandémie de Zika en Europe est peu probable cette année.

Des scientifiques de l’Université d Harvard ont mis au point un test rapide et peu onéreux permettant de détecter dans le sang et la salive la présence du virus Zika. Pour l’heure, aucun vaccin ni traitement de la maladie du Zika existe. Selon l’OMS, 12 laboratoires pharmaceutiques à travers le monde y travaillent activement.

 

L’épidémie causée par le Zika a fait beaucoup de victimes en Polynésie française en touchant plus de 30 000 habitants. Le virus a surtout affecté les nouveau-nés et les hommes de 30 à 50 ans. Les informations collectées par les scientifiques sur place permettent de constituer une base de données fiable pour traiter l’épidémie qui se propage en Amérique du Sud et anticiper de futures contaminations. Le retour d’expérience de la Polynésie est une véritable mine d’informations qui, nous l’espérons, va permettre de mieux prévenir et guérir le Zika.

 

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